Maison de retraite Sainte-Madeleine à Thionville : « Ça pleure dans les chambres le soir » Article du Républicain Lorrain du 23 Février 2018

La maison de retraite Sainte-Madeleine à Thionville subit elle aussi un manque cruel de personnels. Mais certains soignants dénoncent également la pression de leur direction, une organisation despotique et des conditions de vie indignes pour les résidants.

La voix est serrée. Et les mots sont durs. Infirmières et aides-soignantes de la maison de retraite Sainte-Madeleine à Thionville souffrent. Elles dénoncent des conditions de travail infectes. «  Ce sont les résidants qui en subissent les conséquences  », déplorent-elles..

Le malaise est général, partagé dans la majorité des Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Les manifestations initiées à travers la France, et en Moselle nord, fin janvier l’ont prouvé.

Mais dans les couloirs de Sainte-Madeleine, la colère ne repose pas uniquement sur le manque de moyens et de personnels. Les salariées rencontrées pointent également la responsabilité de la direction. «  On n’en peut plus !  » Elles évoquent des problèmes de planning, une répartition des soins inappropriée, «  une organisation despotique  », des humiliations, des insultes aussi. Elles se sentent contrôlées, dénigrées, dévalorisées. «  La directrice monte les équipes de soignants les unes contre les autres  », témoigne anonymement un petit groupe d’employées. «  Elle préconise les toilettes sur les soins. Résultat : des vers sont apparus sur une plaie l’été dernier  », garantit un représentant syndical CFTC. La photo qu’il montre n’est ni datée, ni localisée. Elle n’a donc pas de valeur devant les autorités sanitaires.

Les salariées parlent d’intimidation à leur égard et envers les familles des personnes âgées. «  Les proches se taisent car ils ont peur de ne pas trouver de place ailleurs . Il y a même des médecins traitants extérieurs qui ne veulent plus venir.  »

« Ce n’est pas aux résidants de subir ça »

« Les résidants sont mis en danger », s’inquiètent le noyau de protestataires. Les conditions de vie et de traitement des résidants aggravent le mal-être de ces professionnels. «  Il n’y a pas de rythme, pas d’harmonie de vie. Ça chigne, ça pleure dans les chambres le soir. En attendant que l’on puisse s’occuper d’eux, les résidants s’endorment parfois dans des positions indignes. Le dernier est couché à 23 h dans le meilleur des cas.  » Sans parler de la lenteur des changes. Les larmes montent aux yeux des femmes qui prononcent ces détails.

Malgré toutes ces accusations, les salariées interrogées refusent de quitter leur poste. «  On pense aux résidants. Ce n’est pas à eux de subir ça. Ils sont déjà paumés à cause du turnover dans le personnel, des arrêts maladie, des démissions à répétition. C’est de la maltraitance. Mais les résidants payent pour être là.  »

Frédérique THISSE

* Contactée, l’Agence régionale de santé de Lorraine n’a pas souhaité s’exprimer sur les éventuels signalements dont elle aurait fait l’objet.

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