Article Républicain-Lorrain : deux gérants d’un salon d’esthétique mis en examen

Procédure judiciaire au salon d'esthétique

L’enquête avance sur les fausses embauches d’un salon d’esthétique à Forbach. Les deux gérants sont mis en examen des chefs d’exécution en bande organisée d’un travail dissimulé.

Les anciens salariés du salon d'esthétique, les représentants départementaux CFTC  et leur avocate
Soutenus par Me Florence GIANNETTI-LANG et la CFTC des anciens salaries du salon d’esthétique de beauté de Forbach commencent à se faire connaitre du juge d’instruction pour se constituer partie civile !

Un coup d’accélérateur judiciaire a été donné à une affaire de travail dissimulé dans un salon d’esthétique de l’avenue Verrerie-Sophie à Forbach ( RL du 17 février).

Les deux dirigeants ont été placés sous contrôle judiciaire et mis en examen par un juge d’instruction de Sarreguemines, des chefs d’ exécution en bande organisée d’un travail dissimulé.

Fraude évaluée à 800 000 €

La police de Forbach, l’Urssaf et le Gir (groupe d’intervention régional) de la police à Metz ont découvert tout un stratagème mis en place autour de ce salon de beauté pour éviter de déclarer les salariés et de payer les charges sociales. Le dossier recense une vingtaine de victimes et la fraude a été évaluée à 800 000 € par l’Urssaf. Ces employés étaient des travailleurs clandestins sans le savoir : ils avaient signé des contrats de travail en toc. Il s’agit d’esthéticiennes, d’employés administratifs mais aussi d’agents commerciaux ou de la logistique.

L’enseigne est un institut de beauté mais aussi l’importateur et distributeur de la marque Alessandro en France. Elle propose même des formations en onglerie.

Plusieurs noms d’enseigne

Dans cette affaire, la grande difficulté des enquêteurs a été de s’y retrouver dans le millefeuille des noms d’enseignes du salon d’esthétique : Alessandro France, Beauty Service, Beauty World… Tout était fait pour brouiller les pistes. A un tel degré que les salariés ne savent pas exactement, aujourd’hui qui était réellement leur employeur.

L’enquête porte sur une période allant de 2012 à 2017. Depuis lundi, une demi-douzaine d’anciens salariés défendus par Me Florence GIANNETTI-LANG, du barreau de Sarreguemines, se sont déjà constitués partie civile.

Les salariés qui demandent réparation sont aussi soutenus par Pascal DAHLEM. Le président de l’union départementale de la CFTC a écrit au procureur de la République dès 2012. Il lui demandait de se pencher sur les pratiques des deux gérants. En particulier sur la création d’une obscure société au Luxembourg. « Les deux responsables demandaient aux salariés de démissionner de la société de Forbach pour intégrer l’enseigne luxembourgeoise. Mais tout en continuant à exercer les mêmes fonctions à Forbach. Ceux qui refusaient le deal étaient poussés vers la sortie », explique Pascal DAHLEM.

Licenciements abusifs

Une ancienne esthéticienne et une ancienne cadre administrative ont déjà obtenu un jugement en leur faveur aux prud’hommes de Forbach. Leur licenciement a été considéré comme abusif mais elles poursuivent encore l’employeur pour des arriérés de cotisations sociales et pour absence de paiement de la prévoyance. « Nos vies ont été bouleversées par cette affaire. Certaines ont dû vendre leur maison et ont sombré dans la dépression. » La majorité des salariés, du salon d’esthétique, ont perdu leurs points de retraite sur plusieurs trimestres. Un ancien employé de la logistique a même été radié de Pôle emploi car son licenciement économique s’est avéré tout aussi fictif que son contrat de travail.

Le salon d’esthétique a toujours pignon sur rue avec sept ou huit salariés. Un des dirigeants a reconnu des erreurs dans l’administration des contrats de travail mais assure qu’il a régularisé la situation. Me GIANNETTI-LANG, spécialiste du droit du travail, espère que « la justice ira au bout de ce dossier ubuesque car ce genre de fraude n’est pas rare ».

Stéphane MAZZUCOTELLI